Déguisée en Macron, la France se balade en Afrique comme la dernière des putains.

On lui tape sur les cuisses, on l’insulte et lui crache à la figure, mais on finira bien, tout compte fait, par lui payer sa petite bière en boîte, avant de l’enfiler tranquillement. Drôle de prostituée qui, les festivités terminées, finira par distribuer une ribambelle de chèques tous azimuts. Que reste-t-il, après ça, de ces tribulations présidentielles ? Une vidéo de trois minutes, en mode selfie, dans un rôle d’aventurier-savant qui manquait encore à la panoplie de notre caméléon-président (illustration ci-dessus). À mi-chemin entre l’intrépidité du Nicolas Hulot des grandes heures d’Ushuaïa et l’érudition légendaire du Jamy de C’est pas sorcier, Emmanuel Macron nous explique toute l’importance — dans son langage comprenez l’utilité — de la forêt gabonaise. Il y a des chèques, amis gabonais, qu’il n’est pas toujours bon d’encaisser. Avec Macron, le ridicule n’est jamais bien loin et accoutumés que nous sommes désormais à cela, cette vidéo improbable sera vite oubliée.


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C’est en effet un tout autre trésor que notre intrépide président, pour sa plus grande gloire et sa postérité, est allé nous cueillir dans les bas-fonds de Kinshasa. Si dans la vidéo précédente notre cher président demeurait encore confortablement dissimulé dans les limbes protectrices d’une communication plus ou moins maîtrisée, le selfie nocturne que nous avons désormais sous les yeux possède, pour sa part, une véritable valeur iconique. C’est toute la vérité de notre caméléon, sa nature profonde et pour une fois saisie sans filtre, qui vient merveilleusement se cristalliser dans cette image. On le retrouve blotti au milieu de deux vigoureux compagnons, tout freluquet, sa petite chemise blanche légèrement froissée et lui collant humidement à la peau, ses cheveux décoiffés par la sueur et le regard dans le vague, au loin, mi-désireux, mi-insouciant, la pupille parfaitement dilatée, sa bière bien en main, érigée devant lui comme un symbole phallique prophétisant une fin de soirée endiablée. Il y a un côté intemporel littéralement bouleversant dans ce cliché. Et il me semble même entrevoir, sous les traits relâchés de notre président, le faciès luciférien d’Édouard Louis(1), notre grand écrivain-sociologue-arc-en-ciel post-national, leurs deux visages reliés surnaturellement ici par un penchant mutuel pour l’humiliation pénitente lorsqu’elle est perpétrée par le grand Autre. Comme il y a une communion des Saints au cœur de la foi catholique, il y a une communion troublante des pécheurs dans notre modernité dépourvue de Dieu, aurait dit le Grand d’Espagne.


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Force est de reconnaître que c’est toujours dans la moiteur exotique et la proximité des corps basanés que notre président laisse tomber son armure, pour mieux renouer avec toute la candeur de son émerveillement. S’il y avait à l’époque, chez la racaille de Saint-Martin, une certaine animosité, et au passage un petit doigt d’honneur mal digéré, qui dénotait mal avec la naïveté enthousiaste et l’excitation puceline de notre jeune président, on ressent ici une certaine forme de sérénité l’envahir devant les larges sourires bienveillants de ces nouveaux complices. C’est un Macron à l’aube de sa passion, en paix avec lui même et parodiquement christique, endossant à lui seul tous les péchés de notre civilisation et prêt à recevoir librement dans son anus la compensation de plusieurs siècles d’oppression de tout un continent.

Devant le déviant absolu qu’incarne à merveille notre président, les imbéciles auront tôt fait de s’esclaffer avec raison : « Ah ! Ça n’est pas le général qui nous aurait fait ça ! ». Notre bon Saint Louis non plus d’ailleurs, lui qui ne partait pas en Croisade pour trousser du mamelouk dans la chaleur étouffante des bordels de Damas, mais bien pour libérer la Terre Sainte. Que voulez-vous, notre grand dadais de Colombey, pendant que les colonels Argoud et Bastien-Thiry croupissent dans le purgatoire de l’amnésie volontaire française, est plus que jamais dans toutes les bouches. Et même si la soumission, somme toute peu gaullienne, à l’OTAN et aux Américains semble former aujourd’hui le crédo indépassable de notre classe politique, il n’en demeure pas moins une sorte de filiation inconsciente de la lâcheté à travers la cinquième république, se transmettant miraculeusement de génération en génération chez nos élites. De Gaulle, aujourd’hui, apparaît comme un géant à toute une engeance de lilliputiens, tout comme Chirac l’apparaitra un jour, dans une certaine mesure, avec sa non-intervention en Irak. Macron passera-t-il à son tour pour un géant d’ici quelques décennies ? Toute l’effroyable logique des événements nous porte à y croire malgré l’incongruité présente d’une telle assertion.

Car la France, hélas, c’est une agonie qui n’en finit pas.

De Louis Boyard à Jordan Bardella, en passant par Stanislas Rigault et Gabriel Attal, il y a d’ores et déjà sous nos yeux toute une jeune garde républicaine qui réalise le prodige de se montrer encore plus héroïquement inculte que la précédente. Sans papi Mélenchon, la NUPES n’est plus qu’une garderie qui part en sucette et Louis Boyard, son enfant gâté le plus turbulent. Si la France n’avait pas déjà Orelsan, on pourrait dire, sans hésitation aucune, que son air abruti représente l’incarnation la plus sincère de la bêtise contemporaine. Élu pour incarner la nation avec le quotient intellectuel de Benjamin Castaldi, citant Jul comme on citait jadis Robespierre, il n’en démontre pas moins la survivance de notre ascenseur social et des derniers souffles démocratiques balayant encore notre pays. Marine Le Pen, de son côté, tente vainement de contenir les bras par trop enthousiastes de sa propre créature, décidément bien prompte à applaudir le plus grand saltimbanque de l’histoire ukrainienne en spectacle au parlement européen. La bêtise de Bardella, probablement pas si feinte, nous permet en tout cas d’envisager avec toujours plus de confiance l’éminence de sa future élection à la tête du pays. Surdoué dans l’imitation, à défaut de l’être dans le courage, ce dernier, regardant de l’autre côté des Alpes, aura bien compris comment se faire inutilement élire dans le cadre d’une alternance tout à fait tolérable pour le Système. Enfin, si Éric Zemmour a perdu ses testicules quelque part entre les mois de février et mars 2022, que peut-on dire de sa frêle groupie ? Le jeune eunuque aux faux airs de vendeur de voitures électriques en aurait-il déjà porté une paire ? Avec Stanislas Rigault, c’est toute une droite auto-labellisé « incorrecte », plus familière des youtubeurs-dissidents branchés aux millions de vues sur le net que des écrivains non-émasculés de la vieille droite maudite, qui s’emballe pour cette jeune garde soi-disant radicale et téméraire. Pour ce qui est de Gabriel Attal, j’ai déjà suffisamment écorné l’image de son idole au cours de cette chronique pour m’en prendre désormais à son avatar. Je m’en tiendrai donc là, vous laissant juger par vous-mêmes l’originalité et la virilité de ses régulières interventions télévisées.

Bernanos écrivait, au mitan du siècle dernier, que « nos héros sont des militaires ou des saints », et nous voyons bien ici que c’est avant tout un certain type d’homme qui fait terriblement défaut à la France actuelle, plus que jamais en incapacité d’en produire. On ne fait pas un homme véritablement debout, et encore moins un putschiste digne de ce nom, avec des millions de followers sur Tik-Tok, une trottinette électrique ou un compte Premium sur Youporn. Nos pseudo-démocraties bourgeoises et homosexualisantes finiront bien un jour par l’apprendre à leur dépens. Et comme ce même Bernanos nous enjoignit tout au long de sa vie à déployer l’intégralité de nos forces en faveur de la communion des Saints(2), il nous faut, devant l’imbécillité de masse plus que jamais victorieuse, retrouver le goût du compagnonnage immatériel des âmes viriles et saines, bien cachées ici et là, dans les oubliettes de notre passé intemporel.
Comme Bloy, j’attends les miliciens de Wagner et le Saint-Esprit. « Tout le reste n’est qu’ordure. ».

Tom Benejam

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